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La technique bride t-elle la créativité ?

Dernière mise à jour : 29 nov. 2023



- Qu'est-ce que tu fais ?

- Un chef-d’œuvre.

- Oh. Et comment tu t'y prends ?

- Je ne sais pas.


L'une des phrases que j'entends le plus, en ateliers d'écriture comme sur les réseaux sociaux, c'est quelque chose comme : je n'utilise pas de "technique", ça bride ma créativité.

C'est l'un des petits débats existentiels qui font rage dans le monde du livre, avec celui de faut-il lire pour bien écrire et es-tu architecte ou jardinier ?

On aura l'occasion de reparler de ceux-là plus tard. Pour l'heure, j'aimerais pousser un peu plus loin la réflexion autour cet odieux carcan de la création, la technique qui bride la créativité...

Je pense mes ateliers d'écriture comme des lieux où l'on apprend, découvre ou développe une compétence d'écriture, mais aussi où l'on prend plaisir à laisser s'exprimer sa créativité en écriture. Considérer technique et créativité comme deux termes opposés me semble parfaitement illogique, et même absurde. En fait, c'est tout le contraire ! Voici pourquoi.


J'admire beaucoup les sculpteurs sur bois qui font jaillir d'un bloc un oiseau très détaillé, ou un entrelacs de feuilles pour constituer un pendentif. Je m'essaie à la sculpture sur mon temps libre, mais il est évident que je n'ai pas la technique pour réaliser un oiseau très détaillé. Tout au plus, à mon niveau, j'arrive à dégrossir une tête de chien sans qu'elle ne ressemble trop à un cheval. Pourtant, je continue de pratiquer et de me former, pour acquérir des compétences et atteindre un jour leur niveau de maîtrise.

C'est exactement pareil dans toutes les disciplines artistiques, y compris l'écriture.

Une compositrice peut-elle espérer composer un orchestre s'il n'a pas de solides compétences techniques ? Un pâtissier peut-il créer une pièce pour un mariage, avec de la meringue entrelacée dans une coquille aux fruits rouges, s'il ne maîtrise pas les outils nécessaires ?

Pourquoi avons-nous des écoles d'Art si ce qu'on y apprend bride la créativité ? Aucun artiste ne veut voir sa liberté entravée. Et, j'ai une bonne nouvelle : ça n'arrivera pas en apprenant de nouvelles compétences. C'est l'inverse : plus j'apprends à me servir d'un ciseau à bois, mieux je peux réussir l'image que j'ai en tête, à savoir mon oiseau très détaillé avec le bec entrouvert et trois plumes sur la queue. Si je m'en tiens à ce que je sais actuellement, j'aurais au mieux un chien semblable à un autre, sans caractéristiques particulières ni personnalité.


Et puis, il y a ce deuxième point sur lesquels j'entends déjà rechigner les plus réfractaires : oui, mais si on applique tous les mêmes techniques, on écrira tous les mêmes histoires.

Et là encore, je dois dire que c'est faux.

Cette idée-là vient d'abord, je pense, de l'amalgame entre technique et structure. La technique, c'est un ensemble de compétences, soit de manières de faire avec une méthode précise pour atteindre un résultat précis. La structure, en écriture, c'est l'une des composantes d'un roman (et là encore, il y en a plein de différentes, selon ce que vous souhaitez réaliser).


La technique, c'est le savoir-faire du sculpteur. La structure, c'est le croquis de la figure qu'il souhaite tirer de son bloc de bois. Et on ne peut avoir une bonne structure sans les bonnes techniques.

Donc, oui, si on applique tous la même structure romanesque (ce qui, je le redis, est déjà étrange car il faudrait s'en tenir à une seule et unique structure parmi des dizaines) nous aurons des histoires susceptibles de se ressembler, au sens où les lectrices risquent de s'attendre à certains procédés, à deviner les événements à l'avance, et donc, à ne pas apprécier leur lecture car le tout aura fait flop. Ça, ça s'appelle un raté, et personne n'en veut. Alors, pourquoi on ferait ça ?


N'ayez pas peur d'augmenter votre technique : elle ne peut pas endommager votre créativité. C'est le contraire : moins on possède de compétences, plus on a tendance à s'en tenir à ce qu'on sait faire, et donc à faire du sur-place. Quand on ne sait pas cuisiner des plats élaborés, on fait des pâtes. Quand on ne maîtrise pas la couleur, on s'en tient aux dessins en noir et blanc. Quand on ne connaît pas les subtilités d'écriture d'un dialogue ou les bases de la dramaturgie, on crée des textes qui semblent manquer de quelque chose.

Cette méfiance envers la technique et l'apprentissage de nouvelles compétences en écriture, d'où vient-elle, d'après-vous ? Je distingue deux principales raisons.


L'élitisme à la française qui veut que l'écriture ne s'apprend pas, qu'elle est un don, un talent inné que certains ont et que d'autres n'ont pas (et que donc, tous ceux qui ne sont pas des élus n'ont aucun mérite à s'acharner à travailler). Ce qu'il y a de bien avec cette idée, c'est qu'elle se casse la gueule d'elle-même : ils utilisent évidemment des procédés, des techniques qui sont étudiées dans la recherche littéraire.

Et, dans une moindre mesure sans doute, le traumatisme des cours de français de collège-lycée qui présentent les grands classiques comme des chefs-d’œuvre de complexité jamais égalés, et qui rabâchent toujours les mêmes principes presque mathématiques : genres littéraires, figures de style, types de narrateurs, et le fameux message crypté de l'auteur dans son roman...

Il y a aussi la peur de ne pas être original, né d'un besoin vital de se démarquer de la foule d'autres histoires qui paraissent chaque jour...


Et le fait que les écoles d'écriture émergentes ne sont pas assez connues, ce qui réfugie les apprentis auteurs dans les blogs où la plupart des conseils sont aussi généraux qu'incomplets, et donc inutiles...


Sauf que, je vous peux vous l'assurer, maîtriser cette vaste discipline qu'est l'écriture, c'est le meilleur moyen de réaliser ce que vous voulez vraiment faire : un roman dont vous serez fière. Moi aussi, je continue de me former en écriture, en dramaturgie et en techniques narratives auprès d'auteurs et autrices confirmés, je lis des ouvrages de théorie littéraire... Et tout ça m'aide à mieux maîtriser où je vais, à m'améliorer à chaque nouveau livre.


C'est aussi pour ça que j'ai hâte de vous montrer mes ateliers d'écriture, en septembre à la rentrée ! Ils sont conçus avec bienveillance et la volonté de transmettre des compétences d'écriture, tout en gardant le plaisir d'écrire au centre.

Dans la prochaine lettre, on parlera du caractère vivant, presque organique de notre matériau de base : les idées...


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