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On fait le point sur la ponctuation !

Vous me croyez si je vous dis que l'acte d'écriture a environ 6 000 ans ? OK. Et maintenant, si je vous dis que la ponctuation n'existait pas et qu'elle est bien plus récente que l'écriture, vous me croyez toujours ?


Imaginez. Un texte écrit sans points, sans majuscules, sans tirets, et même sans espaces. Rien pour séparer les mots et les phrases, le texte est une longue ligne ininterrompue. C'est alors ce qu'on appelle la scriptio continua. ça donne un truc à peu près incompréhensible, hein ? C'est parce que l'une des premières formes d'écriture était le cunéiforme, et qu'elle était conçue d'abord pour tenir des livres de comptes, des listes d'objets vendus ou possédés ou pour compter les récoltes. Peu de gens allaient les lire, et peu de gens étaient capables d'écrire.

La ponctuation est donc née plus tard, sur la fin de cette vaste période qu'est l'Antiquité, dans un lieu dédié au savoir et aux livres désormais mythique : la grande bibliothèque d'Alexandrie.

Avant l'Antiquité, la seule ponctuation existante est, non pas le point, comme on peut le penser, mais... le tiret. Tracé à l'horizontale ou à la verticale, c'est de lui que sera inventé le point.

Et cette invention qui révolutionnera complètement l'écriture et la lecture est née de 3 scribes : Aristophane, Zénodote et Aristarque, les conservateurs de la bibliothèque d'Alexandrie.


Pour simplifier la lecture des manuscrits, ils imaginent les tout premiers signes typographiques : trois tirets, placés à différentes hauteurs sur la ligne de texte (un peu comme sur une partition de musique).

Le point placé en haut de la ligne est appelé "point parfait" et désigne une pensée complète.

Le point médian, placé à hauteur de lettre, est le "point moyen", et signale où il faut respirer.

Le point le plus bas est le bien-nommé "sous-point", et indique que la pensée est incomplète.


Ces trois points correspondent à une ponctuation forte, moyenne et faible... et en fait, vous les connaissez. Ils correspondent respectivement à notre point, notre point-virgule et notre virgule moderne.


Au départ, donc, la ponctuation est une affaire d'oralité, pour faciliter la lecture d'un texte, et n'est pas écrite par l'auteur du texte mais à posteriori, par les scribes et les futurs orateurs qui s'exerçaient à préparer le texte pour la lecture. La ponctuation naît pour donner un ordre à l'écriture, mais ne fait pas partie de l'acte en lui-même. Ce sont 2 métiers distincts.


Suite à ça, la ponctuation se répand au gré des savants qui l'affinent et traverse le Moyen Âge avec une évolution nouvelle (tenez-vous bien) : les blancs entre les mots. Ce qui nous paraît évident aujourd'hui était un bouleversement à l'époque. ça remet complètement en question la scriptio continua pour modifier tout le système d'écriture.

On considère alors le mot comme une unité significative : des espaces sont laissées (oui, espace est féminin en édition) entre les mots pour simplifier la lecture mais surtout pour simplifier la langue latine et ses innombrables déclinaisons.


Au Moyen Age, les moines copistes ont remplacé les scribes. Ils se déplacent de monastère en monastère pour recopier les textes conservés, et en même temps les annotent et font évoluer les signes de ponctuation en en créant de nouveaux. La virgule, par exemple, qui est alors seulement une barre tracée en diagonale, ou des essais de point d'interrogation.

Les auteurs de l'époque ne marquaient pas les phrases interrogatives car celles-ci étaient signalées par d'autres segments de la phrase comme les pronoms ou l'ordre des mots : le point d'interrogation est donc à lui seul une révolution.


C'est aussi à ce stade que les lettres majuscules font leur apparition ! Elles ponctuent certains mots pour leur conférer une importance particulière. C'est maître Alcuin, clerc de Charlemagne, qui instaura son utilisation en début de phrase pour clarifier le texte.


Petit à petit, la ponctuation se standardise. On le voit notamment avec l'utilisation du pied-de-mouche ¶ qui est à l'origine un C barré deux fois. C'est une abréviation du capitulum (chapitre) utilisée pour signaler le début d'un nouveau paragraphe.



évolution du pied-de-mouche
évolution du signe pied-de-mouche

Il y a tant à dire sur l'histoire de l'écriture que je pense faire d'autres newsletters sur le sujet. La semaine prochaine, on verra comment les poètes du 18e siècle se sont amusés à réinventer la ponctuation avec des points nouveaux, même inconnus de nous...

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